la belle vibration

TANTRA & LOI DE L’ATTRACTION

Vulvées ep.4, Les mots de la vulve. Et toi, comment appelles-tu ton sexe ?

 

Est ce que ça vous est déjà arrivé à vous aussi, pour ne pas nommer votre sexe féminin, d’utiliser les expressions « en bas », ou « là » en pointant des doigts gênés en direction de votre entrejambe. Est-ce que vous avez déjà dit « j’ai des sensations un peu désagréables, en bas » plutôt que « j’ai la chatte qui gratte » ?

Certaines d’entre nous sont très à l’aise avec le mot vulve. D’autre pas du tout. Certaines donnent à leur sexe des surnoms, certaines ne le nomment tout simplement pas, ou alors le moins possible.

Pourtant, cette question du langage et des mots, elle est décisive dans notre relation à notre sexe.

Parce que s’il y a bien quelque chose auquel je crois de tout mon coeur, c’est que les mots donnent une forme à la réalité.

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Donner un nom, mettre des mots, ça ne sert pas qu’à désigner les choses de manière pratique. Ca nous permet de nous mettre en relation avec ces choses. C’est la première étape pour se mettre en lien. C’est confirmer l’existence de ce que l’on nomme.

Et ça marche pour notre sexe comme pour le reste.

Imagine si tu cohabitais avec une personne que tu ignorais la plupart du temps, que tu ne n’appelais jamais par son nom, et à qui tu t’adresserais avec des « eh toi, là, machin ». Intuitivement, penses-tu que cette relation serait riche, nourrissante, florissante ? Ou plutôt triste, amère et tout simplement nulle ?

Et bien c’est la même chose pour notre sexe. Si on l’ignore, si on ne le nomme pas, si on le renvoie dans les catacombes de l’indicible, ça me parait difficile d’avoir une bonne relation avec lui.

D’ailleurs ce n’est pas un hasard si le mot innommable, veut fois dire « qui ne peut être nommé » mais aussi « méprisable et ignoble ». Il n’y a que les choses affreuses, qui nous terrorisent ou qui nous font honte auxquelles on ne donne pas de nom.

Et celles et ceux qui connaissent Harry Potter et Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ne me diront pas le contraire.

Mais alors, si on est d’accord sur ce principe de base que nommer est important et nécessaire, qu’est-ce qu’on a comme mots à notre disposition pour parler de notre sexe ?

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D’abord, on a le langage anatomique, qui a le mérite d’être précis, à défaut d’être tout à fait neutre. Mais ça on en reparle tout à l’heure.

Le mot anatomique le plus fréquent quand on parle du sexe des femmes, c’est le mot vagin.

Bon.

Déjà, moi je trouve que le mot vagin n’est pas hyper joli. La sonorité n’est pas ouf. Ca sonne un peu triste, comme pingouin, chagrin ou marsouin. Ou je trouve que, ça fait un peu nom d’outil ou d’enduit, non, allée G4 de Leroy Merlin ? « Pour construire ce meuble IKEA SURKUT, vous avez besoin de deux vagins, de 8 vis et d’une clé de 12 »

Mais je m’égare. Le vrai souci du mot vagin, c’est qu’il est souvent employé à tort pour décrire l’ensemble de notre sexe, alors qu’il n’en est qu’une partie : le canal qui relie la partie externe du sexe au col de l’utérus. Le tuyau à l’intérieur, si tu préfères. Donc c’est dans ton vagin que tu mets un tampon, mais on est d’accord que ton sexe est bien plus que cette partie, là, non ?

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Notre sexe, c’est aussi tout ce qu’on en voit à l’extérieur et qu’on appelle la vulve.

 

Et qu’est-ce qu’on met exactement dans le mot vulve ?

La vulve est la partie externe et visible du sexe féminin qui intègre : le mont de venus, les grandes lèvres, les petites lèvres, le gland ou capuchon du clitoris, l’entrée de l’urètre et l’entrée du vagin.

C’est tout un monde avec ses mots bien définis, que pourtant on n’emploie pas toujours facilement.

SI aujourd’hui j’arrive à dire « ma vulve » ou « mon sexe » assez simplement et régulièrement, jusqu’à avoir créé un podcast qui s’appelle Vulvées, c’est loin d’avoir été toujours le cas.

Pendant des années, et même jusqu’à assez récemment, j’ai vraiment, mais alors vraiment, eu du mal à nommer mon sexe « mon sexe » et ma vulve « ma vulve ». Je disais toujours « ma chatte » ou « ma fouffe ».

Alors, je me suis interrogée sur tout ça, sur ma difficulté à nommer cette partie de mon corps avec les mots qui ont été créé pour elles. En imaginant que d’autres femmes l’avaient peut-être aussi.

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Et la première piste que j’ai trouvée pour expliquer pourquoi ces mots peuvent être difficiles à utiliser, c’est parce que dès l’enfance, on ne les utilise pas.

A leur place, on trouve des noms pour éviter de nommer le sexe féminin.

On dit « minette », « zézette », « foufoune », « minou ».
Comme si c’était classé X de dire le mot « sexe » à son enfant pour parler simplement de son anatomie.

Pourtant, on ne fait ça avec aucune autre partie du corps. Si on veut que son enfant aille se laver les mains. On ne va pas lui dire, « Bastien, va te les laver les Willywooots, va te passer les mouchtoutous sous l’eau, met un peu de savon sur tes « sthciyayayooow ».

Et personne ne tombe en en PLS quand il entend le mot main.

Moi j’aimerais pouvoir dire à mes filles, « pense à bien t’essuyer la vulve quand tu fais pipi » sans qu’on appelle la DASS.

D’ailleurs Françoise Dolto le disait déjà : « Il faut donner à l’enfant le véritable nom de son sexe. Et désigner les organes sexuels de façon positive. »
Sinon, dès l’enfance, on envoie à nos enfants le message implicite que si on n’utilise pas le vrai mot, c’est que le vrai mot doit être honteux, et ce qu’il désigne aussi.

Il ne s’agit pas forcément de bannir le mots zézettes de notre vocabulaire, mais d’utiliser les deux.

Maelle Challan-Belval (Educatrice à la Vie affective, relationnelle et sexuelle​) l’exprime très clairement.

Elle dit « L’enjeu est de Rendre nos filles bilingues. Qu’elles connaissent les mots familiers Et les mots officiels. Vulve, lèvres, vagin ou clitoris ? Des fillettes peuvent apprendre sans gêne ces mots-là dès la maternelle. C’est notre gêne d’adulte qui est un frein à l’apprentissage, pas celle des enfants. C’est utile pour comprendre le monde et son corps de connaître les mots que certains adultes, que les médecins, ou que les livres utilisent. »

Dire vulve dès l’enfance, c’est apprendre à nommer et apprendre à parler.

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Mais revenons à ce que je vous confessé sur mon utilisation chronique de « Chatte et fouffe » pour nommer mon sexe.

Dans mon cas, je pense qu’en utilisant chatte et fouffe, j’investissais mon sexe de quelque chose de plus riche que le mot anatomique qui me semblait plus froid et désinvesti émotionnellement.

Et puis la chatte n’a pas de définition préalable vraiment officielle, scientifique. On peut donc mettre ce qu’on veut dedans, façon de parler.

Car à part « sexe féminin », on n’a pas de mot qui désigne tout le sexe en entier, intérieur + extérieur. Chatte, ça a l’avantage de pouvoir tout englober.

Par exemple, Zoe Mendelson, la créatrice de PUSSYPEDIA, l’encyclopédie de la chatte qui vient d’être enfin traduite en français ouvre son livre par une “nouvelle définition de la chatte”
Elle écrit “Nous proposons un nouvel usage du mot, inclusif en termes de genre et d’organes, une combinaison de ce que signifient les mots vagin, vulve, clitoris, utérus, urètre, vessie, rectum, anus, et, qui sait, peut-être quelques testicules”, en préambule, soucieuse d’inclure dans sa définition les personnes intersexe, qui possèdent en même temps des caractéristiques sexuelles mâle et femelle.

Aussi, dans chatte et fouffe, il me semblait qu’il y avait un côté libre et frondeur. Une certaine vulgarité, ou du moins une petite arrogance, que je trouvais assez cool, punk et décomplexée. Et qui m’allait bien.

Inga Muscio en parle merveilleusement bien dans son livre – malheureusement pas traduit en français. Cunt: A Declaration of Independence. qu’on pourrait traduire par « Chatte : Une déclaration d’indépendance.

Dans ce livre féministe de 1998, elle explique – entre 1000 autres choses – pourquoi utiliser le mot chatte est une façon de s’empuissancer.

Je vous lis un extrait : « Sur la base selon laquelle le mot chatte ne peut être ni cooptée ni transformée en un sens négatif, nous pouvons en faire ce que nous voulons. Et grâce à la polyvalence et à la convivialité de la langue, chatte peut être utilisé comme un tout nouveau nom, adjectif ou verbe centré sur la femme qui aime son sexe. Cunt est un mot très satisfaisant à prononcer régulièrement. Chaque fille et chaque femme qui est forte, combative et puissante, qui s’épanouit dans ce monde d’une manière qui la sert, est une personne en amour pour sa chatte qui fait sa part pour faire fructifier l’ère post-patriarcale.« 

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D’une façon tout à fait différente, j’ai l’impression que c’est la même dynamique de respect et d’empuissancement de soi qui anime les femmes qui utilisent le mot yoni pour désigner leur sexe.

Peut-être l’avez vous déjà entendu : yoni est un mot qu’on rencontre énormément dans les milieux alternatifs du féminin sacré, dans le tantra, dans tous les courants qui croisent sexe et spiritualité.

C’est un terme sanskrit qui désigne le siège de l’énergie de vie. Dans l’hindouisme, yoni désigne l’organe génital féminin (matrice ou vulve) ; il est le symbole de l’énergie féminine dénommée shakti.

Dire « ma yoni » plutôt que « mon sexe » est une façon de nommer son sexe de manière sacrée. Il est chargé de la symbolique que le sexe serait une partie de moi totalement sacrée et élevée.

Moi j’ai encore beaucoup de difficulté à utiliser ce mot. Quand j’ai commencé le tantra, il me mettait tellement mal à l’aise qu’on l’utilisait même à tout bout de champ avec une très chère amie tantrika pour rigoler. On multipliait les blagues avec l’expression « Ta yoniiiiiii ».

Je crois que j’ai du mal à l’utiliser parce que je n’investis pas encore mon sexe de cette sacralité là.

Et aussi, parce que je ne suis pas sûre de vouloir le voir ainsi.

En fait, je crois que je prête au mot yoni une sorte de révérence d’église, un côté emprunté qui me met un peu mal à l’aise et n’est pas compatible avec mon désir sexuel. J’ai l’impression que si j’appelle mon sexe « ma yoni », quand je vais faire l’amour, ça va ressembler à une messe, avec des hommes pas sexy qui vont passer avec des turbans et des encensoirs et une musique d’orgue en fond sonore.

Et d’ailleurs, c’est la même chose pour le mot vajra qui désigne le sexe masculin dans le tantra. J’ai l’impression que je ne pourrai jamais dire à mon mec : « j’ai envie de te sucer le vajra », parce que je trouve ça un peu grotesque. Pour moi c’est le langage du temple, et la sexualité pour moi, c’est plutôt l’appel de la forêt et l’animalité.

J’aime bien appeler un chat un chat, quoi.

Toutefois, le grand mérite que je reconnais au mot yoni, c’est qu’il donne au sexe des lettres de noblesse. Qu’il montre une direction d’amour de soi, de sacralisation de soi à adopter et que je trouve très belle.

J’ai l’impression que quand tu passes à l’utilisation du mot yoni, c’est une façon de triompher de toutes les mauvaises choses que tu pourrais te dire à l’intérieur sur ton propre sexe. Et ça c’est cool.

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Mais vous livrer mes impressions sur ce que j’investis dans le mot yoni me rappelle que tous les mots, même ceux que nous partageons en commun, sont habités par un sens particulier pour chacun d’entre nous.

Et ça, c’est encore plus vrai lorsqu’il s’agit des mots intimes et des surnoms que nous n’utilisons que dans l’intimité, et que nous avons créé sur-mesure pour nous-même.

Car oui, il y a des personnes qui donnent des surnoms à leur sexe.

Alors, je n’ai pas trouvé d’infos sur le sujet pour le sexe des femmes, et mes amies ne m’ont encore jamais parlé d’un surnom qu’elles donnaient à leur vulve.

Et pourtant, cette pratique est un vrai phénomène chez les hommes.

L’acteur américain Channing Tatum a expliqué avoir donné un prénom à son pénis, et pas n’importe lequel: Gilbert

Si l’on en croit un sondage réalisé par un site britannique LoveHoney: 60% des hommes auraient un surnom pour leur sexe : ça peut être un prénom (le fameux Popol ou Gilbert), mais aussi, «la troisième jambe», « la béquille», «mon braquemard», «mon dard», «mon gourdin».

Franchement, 60% d’hommes qui donnent un petit nom à leur sexe, ça me parait énorme. Maintenant, quand je marcherai dans la rue, je saurai (et vous aussi) que plus d’un homme sur 2 a un surnom dans son slip.

Et en même temps, ça m’a donné envie de réfléchir à un renouvellement de mon vocabulaire. Et je me suis dit, pourquoi pas ? Ca pourrait être cool de surnommer mon sexe.
La mienne, je pourrai l’appeler : « la source des montagnes » quand je suis en forme ou « The Punisher » quand je suis en syndrome pré-menstruel et que tu risques ta vie si tu m’approches. Et si c’était un prénom, attends, ça serait « Baguera » comme la panthère qui a retrouvé sa liberté dans le livre de la jungle de Kipling.

Et vous, ça serait quoi ?

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Je pense que ce que cette histoire de surnom cela souligne, c’est l’importance de trouver de bons noms pour soi et de nous autoriser à trouver les mots qui nous parlent le plus et le mieux. Les mots qui nous font du bien.

Par exemple, il y a plein de femmes actuellement qui ne sont plus à l’aise avec certains mots et ne veulent plus les utiliser par conviction féministe.

Prenons le cas des glandes de Bartholin qui se nomment ainsi d’après l’anatomiste danois Caspar Bartholin le Jeune, qui en a simplement fait la description au XVIIe siècle. Le mec a donné son nom à une partie de l’anatomie féminine, comme s’il avait découvert un territoire vierge. Sauf que ce territoire, c’est le corps des femmes, ce qui, bien entendu crée un petit malaise. On peut imaginer que si les noms qu’on donnait aux couilles des hommes étaient « les boules de Josette », en hommage à la première femme qui les a « découvertes », on serait tous d’accord d’opter pour un changement de nom.
Consciente de la génance, la nouvelle nomenclature médicale a renommé les glandes de Bartholin « glandes vestibulaires majeures »

D’autres femmes n’aiment plus le mot vagin, depuis qu’elles savent qu’il vient du mot latin signifiant une gaine, un fourreau, un étui, comme ceux d’une épée. Pour elles, cette étymologie invite à voir le vagin comme un «truc qui renferme et enveloppe un pénis», une vision hétérosexuelle masculine et hétéronormée du sexe. Or, on le sait : les vagins existent pour eux-même, pas pour être des garages à bites.

Autant, je comprends l’histoire des glandes de Bartholin, pour vagin, je ne rejoins pas le mouvement. Par exemple, je trouve qu’un flacon existe en soi, même quand il n’est pas rempli d’eau. Mais ce n’est que mon avis !

Allez, encore un exemple. On peut aussi évoquer les mots qui portent à confusion comme petites et grandes lèvres. Il serait sans doute plus adapté de les appeler lèvres externes et lèvres internes. Parce que parfois, les dénommées « petites lèvres » sont grandes et dépassent les dénommées « grandes lèvres ». Et cela peut créer une confusion ou des complexes du type « pourquoi mes petites lèvres sont grandes » puisque dans leur nom même elles sont censées être petites. Si un petit changement d’adjectif peut éviter bien des complexes et des labiaplasties, je vote pour !

Bref, j’arrête les exemples.

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Pour finir, je crois que c’est super important que chacune se sente libre d’utiliser les mots avec lesquels elle se sent bien. Et libre de bannir les mots qui la mettent mal à l’aise, ou lui donnent un image négative de son propre sexe.

En tout cas, ce qui est fondamental, c’est que nous ayons tout un éventail de mots POSITIFS pour désigner nos sexe. Et que chacune puisse choisir les mots les plus doux et les meilleurs pour elle.

Interrogé par Causette, le linguiste Alain Rey nous rappelait « qu’avant le XVIIIe siècle, le vocabulaire relatif à l’entrejambe féminin était très fleuri et positif. » Jugez plutôt : berlingot, choune, cramouille, fendasse, craque, craquette, frifri, baba, abricot. Mais aussi motte, touffe, chatte, minette ou minet en rapport avec la pilosité. »

Et si c’était le moment de restaurer cette diversité ?

Moi je vais garder vulve, chatte, occasionnellement yoni. Parce que c’est ce qui me va le mieux. Et je vais peut-être inventer d’autres mots pour moi.

Et vous ? Comment vous allez appeler votre sexe ?