🩷 Alexandra 🩷 – Bonjour Betty !
💛 Betty Martin 💛 – Bonjour ! Heureuse de te rencontrer !
🩷 Alexandra 🩷 – Moi aussi. Je suis tellement excitée, je te le disais juste avant de commencer cette interview. Je me sens tellement chanceuse de pouvoir m’entretenir avec toi aujourd’hui, car tu es une véritable pop star dans l’univers du tantra et du consentement ! Et grâce à ton livre L’Art de recevoir et de donner, quand tu expliques qu’on doit oser demander ce dont on a besoin et ce qu’on veut, je me suis dit : « Allez Alexandra, ose envoyer à Betty un e-mail pour lui proposer une interview pour ton podcast. Et on verra bien ! » Et c’est ce que j’ai fait. Et quand j’ai reçu un mail positif de ta part, je me suis dit : « Oh mon Dieu… est-ce que c’est vraiment en train de se passer ? Demander ce que je veux, en fait, ça fonctionne vraiment. » Merci pour cet enseignement !
💛 Betty Martin 💛 – Oui ! C’est extraordinaire à quel point ça fonctionne souvent, en fait.
🩷 Alexandra 🩷 – Oui, et c’est d’ailleurs le sujet que nous allons aborder aujourd’hui : recevoir et oser demander. Et je suis très excitée de parler de tout ça avec toi. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce que recevoir signifie pour toi ?
💛 Betty Martin 💛 – Oui, merci ! Ce travail est né de mon expérience avec le toucher, parce que je travaillais avec des clients en éducation sexuelle somatique. Quand on parle du toucher, la plupart des gens pensent que, quand on dit le mot « recevoir », ça concerne la personne qui est touchée : c’est elle qui reçoit. « Je reçois un toucher » signifie que le toucher vient vers moi et arrive sur moi. Il est là. Et cette utilisation du mot « recevoir » s’applique aussi quand tu reçois une lettre dans ta boîte aux lettres, quand tu reçois une passe au football, quand tu reçois un baiser. Mais tu peux aussi recevoir un coup au visage ou une insulte. Donc, à chaque fois, cela implique que quelque chose vient vers toi et arrive jusqu’à toi.
🩷 Alexandra 🩷 – C’est passif, c’est ça ?
💛 Betty Martin 💛 – Oui. Et tu peux en avoir envie ou ne pas en avoir envie.
Et c’est là qu’il y a un problème, parce qu’il existe une autre façon d’utiliser le mot « recevoir » : comme un cadeau, quelque chose que tu veux. Tu as envie de recevoir un cadeau particulier et quelqu’un t’a dit : « Oui, je suis d’accord pour te le donner. »
Le problème, c’est que recevoir ne signifie pas uniquement que quelque chose t’arrive. Tu reçois aussi quand on t’autorise à faire ce que tu veux.
Par exemple, si je veux emprunter ton camion et que tu me le prêtes, ou si je veux aller dans ton jardin cueillir les poires qui y poussent et que tu me dis oui.
Ce n’est pas toi qui fais quelque chose vers moi, c’est moi qui le fais.
Peut-être que je veux mettre la main sous ton T-shirt et que tu dis « OK ». Ce n’est pas toi qui le fais, c’est moi qui le fais.
Et pourtant, c’est bien moi qui reçois un cadeau.
Et alors, le cerveau bugue et se met à dire :
« Quoi ?! Attends… je ne comprends plus rien ! »
Donc, ce qui est important, c’est de se rappeler que tu peux recevoir quelque chose que tu veux ou que tu ne veux pas.
Tu peux vouloir quelque chose et recevoir, que ce soit toi qui fasses l’action ou non.
C’est là qu’il y a énormément de confusion, parce que pour la plupart des gens, dès qu’on parle de toucher, recevoir veut forcément dire être touché.
Et ça vient avec l’idée que je suis censée apprécier ça, puisque je reçois. Même si je n’aime pas ça, je suis censée aimer. Et parfois même me forcer à apprécier.
Et j’ai déjà été à cet endroit-là, et j’imagine que beaucoup de gens aussi.
Tu te fais toucher et tu te dis :
« Cette personne fait ça pour moi, je suppose que c’est pour me faire plaisir… mais en fait, je n’aime pas tellement. C’est quoi le problème avec moi ? Pourquoi je n’aime pas ? »
Beaucoup de personnes disent alors :
« Recevoir, c’est difficile pour moi » ou « je n’aime pas recevoir ».
Mais ce qu’elles veulent vraiment dire, c’est qu’elles n’aiment pas être touchées d’une certaine manière — pas qu’elles n’aiment pas recevoir un cadeau qu’elles auraient choisi.
Probablement parce qu’elles ont déjà été touchées d’une façon qu’elles n’appréciaient pas. Et ça, c’est arrivé à presque tout le monde.
On a beaucoup d’étudiants qui viennent à nos formations et qui nous disent :
« Oh, je pensais que je n’aimais pas être touché, mais ce que j’ai découvert, c’est que j’aime être touché de la façon dont j’aime être touché. »
Et ça, c’est une différence énorme.
🩷 Alexandra 🩷 – C’est une pensée renversante. Ce que tu expliques super bien dans ton livre, notamment dans la première partie, à propos de recevoir quelque chose qu’on ne veut pas vraiment. Il y a une imprégnation culturelle colossale sur cette question. Dès le plus jeune âge, on est censé être d’accord pour recevoir des choses qu’on n’a pas envie de recevoir, et même dire merci, quand on reçoit des baisers, des câlins ou des cadeaux qu’on n’apprécie pas…
💛 Betty Martin 💛 – Et d’ailleurs, dans ce que tu dis, tu as utilisé le mot « recevoir » dans le sens de « quelque chose qui t’est fait ».
🩷 Alexandra 🩷 – En effet.
💛 Betty Martin 💛 – Et c’est ce que font la plupart des gens. En développant la roue du consentement, j’ai réalisé que nous confondions ces deux sens du mot. Alors j’ai décidé qu’on utiliserait « recevoir » uniquement dans le sens de « cadeau ». Et quand on parle de qui touche qui, on utilise un autre mot, parce que c’est devenu habituel de tout mélanger.
🩷 Alexandra 🩷 – Oui, j’ai eu des feux d’artifice dans la tête quand j’ai lu ton livre. Notamment quand tu dis : « Quand je touche quelqu’un, je reçois le cadeau que cette personne m’autorise à la ou le toucher. » Et ma seule réaction, c’était : « Waouh. Oh mon Dieu. C’EST TELLEMENT VRAI !!! » Parce qu’il y a tellement de fois où je touche mon compagnon parce que moi, j’aime ça — et pas tellement pour lui. Même si, bien sûr, j’espère que ça lui fait plaisir aussi. Mais surtout parce que j’adore le toucher, avoir la sensation de sa peau. Et donc, ça, c’est recevoir, même si c’est moi qui touche.
💛 Betty Martin 💛 – Oui, c’est ça.
🩷 Alexandra 🩷 – Et comment peut-on alors faire la différence entre prendre et recevoir ?
💛 Betty Martin 💛 – C’est une super question.
Dans la roue du consentement, on peut se demander : « Qui fait l’action ? »
Si tu regardais par une fenêtre, tu dirais : « Oh, cette personne est en train de toucher cette autre personne. »
Et on demande aussi : « C’est pour qui ? Pour faire plaisir à qui ? »
Par exemple, tu expliques que tu touches ton compagnon pour te faire plaisir à toi, parce que c’est agréable pour toi.
Mais s’il te demande : « Est-ce que tu peux me masser le dos ? », ça peut être agréable pour toi aussi, mais c’est quand même pour lui, parce que tu le fais de la façon dont lui le souhaite.
Donc, quand il y a du toucher, on distingue : est-ce que c’est pour toi ou pour l’autre personne ? Et ça fait toute la différence.
La façon de le savoir, c’est l’accord que vous passez ensemble.
S’il te demande : « Est-ce que tu serais d’accord de me gratter le dos ou de me masser les pieds ? » et que tu dis « oui, OK », à ce moment-là tu es d’accord pour faire ce que lui veut.
Mais si c’est toi qui demandes :
« Est-ce que je peux caresser tes cheveux ? Est-ce que je peux jouer avec tes pieds ? Est-ce que je peux sentir ton dos ? »
Tu fais une demande pour quelque chose que tu as envie de faire. Et s’il répond « oui, d’accord », alors c’est bien pour toi que c’est fait.
Et c’est une expérience qui n’a rien à voir.
🩷 Alexandra 🩷 – Oui, ça nous pousse à être radicalement honnête. Je peux vraiment me voir dire : « Je veux faire ça pour toi, j’ai envie de te faire plaisir », alors qu’en fait, c’est plutôt pour me faire plaisir à moi.
💛 Betty Martin 💛 – Oui, donc pourquoi ne pas l’admettre tout simplement ?
🩷 Alexandra 🩷 – En effet ! Pourquoi ne pas l’admettre tout simplement ? Pourquoi est-ce qu’on ne le fait pas ? Pourquoi c’est si difficile ?
💛 Betty Martin 💛 – Oh mon Dieu… Je pense qu’il y a plusieurs raisons.
L’une d’elles, c’est qu’on confond recevoir avec quelque chose qui nous est fait, ou avec le fait d’être touché.
Et si tu as des expériences dans lesquelles tu es touchée et que tu n’aimes pas ça, ou que tu ne veux pas ça, tu vas te mettre à penser que recevoir, c’est subir quelque chose et devoir s’en accommoder.
Et c’est reparti pour un tour. Et personne ne veut de ça.
Donc si tu penses que recevoir, c’est ça, évidemment tu n’en veux pas. Ça, c’est un premier facteur.
Mais je pense qu’un facteur encore plus grand, c’est que c’est vulnérable.
Pas parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez toi, mais parce que, par nature, c’est vulnérable.
Quand tu reçois un cadeau de quelqu’un, que tu y prêtes vraiment attention, que tu le laisses entrer en toi, tu ressens de la gratitude, tu ressens la connexion, et ça ouvre littéralement ton cœur. C’est inévitable.
Tu es susceptible d’éprouver de la tendresse, de la gratitude, de la honte, de la culpabilité.
Ou tu peux te dire : « Je ne mérite pas ça », « je ne suis pas assez bien pour recevoir ça ».
Ou encore : « Oh, maintenant il va falloir que je donne quelque chose en retour. »
Ou te sentir coupable et penser : « J’ai honte d’avoir besoin de ça. »
Toutes sortes d’émotions émergent quand on reçoit du soin et de l’attention de la part d’une autre personne. C’est naturel.
Pour cette raison, certains d’entre nous ont des choses qui sont plus faciles à recevoir que d’autres, et des choses qui sont plus difficiles à recevoir.
Par exemple, peut-être que c’est facile pour moi de recevoir de l’aide — qu’on répare quelque chose pour moi, par exemple.
En revanche, recevoir un cadeau de plaisir… ouh là, ça, c’est compliqué pour moi.
Ou bien ça peut être l’inverse : c’est facile de recevoir du plaisir, mais très compliqué de recevoir de l’aide.
Ça diffère d’une personne à l’autre.
Mais il y aura toujours des choses qui sont plus faciles à recevoir que d’autres.
🩷 Alexandra 🩷 – Et comment peut-on développer notre capacité à recevoir plus, et à nous détendre davantage pour apprendre à recevoir ?
💛 Betty Martin 💛 – C’est une bonne question.
Je pense qu’il faut commencer petit, avec des choses simples. Par exemple, quelques minutes avec quelque chose qui est plus facile à recevoir que d’autres choses. Quelque chose de petit, de court, de facile.
Peut-être que tu peux demander à poser tes pieds sur les cuisses de ton ou ta partenaire quand vous êtes ensemble sur le canapé.
Ou demander un massage des épaules pendant quelques minutes.
Ou demander : « Est-ce que tu peux me faire une tasse de thé ? »
Ou encore, tu peux pratiquer avec le serveur d’un café en demandant :
« Est-ce que je peux avoir un café avec ce type de lait ? »
C’est peut-être un exemple un peu trop américain…
Et puis faire l’expérience que ça fonctionne.
Donc il faut commencer petit et facile, et augmenter petit à petit.
C’est beaucoup trop difficile de demander quelque chose de très grand, avec une forte charge symbolique :
« Est-ce que tu serais prêt à faire ça pour moi, à rencontrer mes parents, à faire ceci, cela, etc. »
C’est trop difficile à demander, et en plus, le retour positif n’est pas du tout assuré.
Alors qu’avec les petites choses, tu as beaucoup plus de chances de recevoir un oui.
Et ça permet d’y aller graduellement à partir de là.
🩷 Alexandra 🩷 – Et puis tu dis que ça marche beaucoup, beaucoup plus souvent que ce qu’on pourrait imaginer…
💛 Betty Martin 💛 – Oui, il semblerait ! La plupart du temps, les gens sont très heureux de donner aux autres ce qu’ils souhaitent.
🩷 Alexandra 🩷 – Oui, c’est vraiment cool de faire l’expérience de ça. Ce que je voudrais souligner aussi, et qui vient de ton livre, c’est que tu dis que l’une des grandes clés pour oser recevoir, c’est de savoir que tu as le choix. Tu donnes l’exemple de personnes qui sont terrorisées à l’idée d’être touchées, par exemple, parce qu’elles ont l’impression qu’elles ne vont pas pouvoir décider quel type de toucher elles veulent recevoir.
💛 Betty Martin 💛 – Oui. On vient de parler, il y a quelques minutes, de la partie du toucher : est-ce que je te touche pour toi ou est-ce que je te touche pour moi ?
De l’autre côté, du côté des personnes qui sont touchées, il y a énormément de confusion à cause de l’utilisation du mot « recevoir » qu’on expliquait tout à l’heure.
« Je vais recevoir un toucher », mais est-ce que c’est le toucher que moi je veux, ou le toucher que l’autre personne veut ?
Et encore une fois, ça se clarifie par un accord passé entre les personnes :
« Est-ce que je peux te toucher comme ça ? »
Si je suis touchée de la façon que je veux, je vais me sentir bien, parce que c’est ce que je veux.
Et si je te donne le cadeau qu’est l’accès à mon corps, et que je t’autorise à me toucher de la façon que toi tu veux — j’ai toujours mes limites bien sûr, mais je t’autorise à me toucher d’une certaine manière qui te fait plaisir — alors c’est un cadeau que je te fais.
Ce n’est pas un cadeau vers moi, parce que ce n’est pas ce que je veux, c’est ce que toi tu veux.
Je peux apprécier, bien sûr, mais ça reste quand même un cadeau que je te fais.
🩷 Alexandra 🩷 – Tu parlais aussi de l’urgence de rendre, qui peut nous empêcher de recevoir pleinement. De cette façon qu’on peut avoir d’éviter d’être en dette en étant celui ou celle qui donne trop, ou beaucoup plus.
💛 Betty Martin 💛 – J’aimerais revenir une minute sur la question précédente, quand tu parlais de cette conscience d’avoir le choix sur la façon dont on aimerait être touché.
Dans la partie « être touchée », dans la roue du consentement, il y a une chose qui te permet d’apprécier toutes sortes de toucher : c’est de savoir que tu as toujours le choix sur ces touchers.
Si c’est pour toi, tu choisis ce que tu veux qu’il se passe.
Et si tu offres ton corps au toucher de l’autre personne, tu as toujours le choix aussi de dire :
« Je peux te donner ça, mais pas ça. »
Tu peux toucher ma jambe, mais seulement jusqu’au genou, par exemple.
Tu peux jouer avec mes cheveux, mais ne les tire pas.
Tu peux ressentir mon bras, mais seulement jusqu’à cet endroit, et ne le presse pas.
Tu as le choix sur tout ça.
Mais si, au fond de toi, tu crois que tu n’as pas le choix, tu ne peux pas apprécier ce qui se passe. C’est impossible.
Parce que tu es toujours tendue et inquiète à propos de ce qu’il va se passer ensuite — et c’est normal.
Donc, le facteur le plus important dans le fait d’être touchée, c’est de savoir que tu as le choix.
Et la plupart du temps — pas tout le temps, mais la plupart du temps — on a le choix, mais on ne se rend pas compte qu’on a le choix.
Ou alors, on n’a pas encore les compétences pour nommer nos choix.
🩷 Alexandra 🩷 – Oui, on reviendra peut-être plus tard sur ma question précédente, parce que j’ai envie de rebondir sur ça.
Quand je demande à mes clients en massage tantrique :
« Comment voulez-vous être touché ? »
Très souvent, ils me répondent :
« Je ne sais pas, faites votre boulot, faites tout ce que vous voulez. »
C’est comme si c’était super difficile — et c’est d’ailleurs quelque chose que j’observe chez moi aussi — de ressentir la possibilité de ce choix.
Comment peut-on développer cette conscience qu’on a le choix ?
Comment peut-on la faire grandir et nous ouvrir à ces différentes possibilités qui existent dans la vie ?
💛 Betty Martin 💛 – C’est une super question.
Ma technique préférée, c’est le jeu des trois minutes. On peut trouver facilement des vidéos sur YouTube, il y en a même en français.
C’est une pratique qui se fait à deux, où chacun, à tour de rôle, va demander à l’autre :
« Qu’est-ce que tu veux ? »
On utilise un chronomètre, donc c’est très limité dans le temps.
Et comme c’est à tour de rôle, chacun va avoir un moment où il peut demander quelque chose pour son propre plaisir.
C’est-à-dire que tu ne peux pas couper, tu ne peux pas dire :
« Non, non, ne t’inquiète pas, c’est juste pour le plaisir de l’autre… »
Il va y avoir un moment où c’est seulement pour toi et ton plaisir à toi.
Je ne recommande pas que ce fonctionnement à tour de rôle s’applique à tous les domaines de la vie, mais c’est une pratique extrêmement utile.
Parce que tu apprends :
« OK, c’est à mon tour de demander ce que je veux. »
C’est là que tu peux sentir l’embarras, la peur, la honte, le doute, la culpabilité… Tout va être là.
Et c’est OK. C’est exactement la même expérience pour tout le monde, et tu vas réussir à traverser ça.
Je crois que ça aide énormément de pratiquer dans un contexte où les enjeux ne sont pas trop élevés et où c’est limité dans le temps.
🩷 Alexandra 🩷 – J’en profite pour revenir à ma question précédente sur le fait d’être en dette. Le fait de passer à tour de rôle est particulièrement intéressant pour celles et ceux qui ont l’habitude de trop donner, ou de trop recevoir. D’apprendre cette succession : « C’est ton tour. Maintenant, c’est à moi. C’est à nouveau à toi. Puis c’est à moi. » Parce que c’est tellement facile de plonger dans nos tendances de : « Oh non, non, ne t’inquiète pas ! Ce qui compte pour moi, c’est de te faire plaisir. Je veux juste te donner ! »
💛 Betty Martin 💛 – Oui, ça, c’est du gros bullshit.
🩷 Alexandra 🩷 – Oui, c’est vrai.
Et en même temps, je peux me relier à la tendresse avec laquelle tu dis à quel point c’est difficile de recevoir.
Parce que je fais beaucoup l’expérience de ça dans ma vie, et merci de le souligner.
Ce que j’aime dans ton travail, c’est que tu dédramatises le truc.
Tu dis que c’est dur pour tout le monde, et que tu as vu des centaines de personnes galérer avec le fait de recevoir.
Et ça m’aide de me dire :
« Bon, OK, on est tous en galère, en fait, et on fait tous de notre mieux. »
Et tu dis autre chose aussi dans ton livre :
« On a besoin d’être clair sur ce que je suis prêt à donner à une personne, et de le donner uniquement si je suis prêt à le donner de plein gré et sans regret. »
Peux-tu nous en dire plus ?
💛 Betty Martin 💛 — Oui, dans la pratique du jeu des trois minutes, où tu demandes à tour de rôle avec un partenaire. Quand quelqu’un te demande, par exemple : « Est-ce que tu pourrais masser mon dos ? », c’est important que tu dises oui uniquement si c’est quelque chose que tu es vraiment disposé·e à faire.
Tu as le droit de dire non. Ou de dire : « Oui, je peux le faire pour un certain temps », ou « uniquement si tu gardes ton T-shirt ».
« Oui, je peux le faire, mais j’aurai besoin de me déplacer ici pour être plus confortable. »
Ce qui permet de donner avec le cœur, c’est de poser des limites claires sur ce que tu es prêt·e à donner et à faire. Et c’est crucial, dans cette pratique, d’honorer tes limites.
« Oui, je peux faire ça pour toi, mais je dois m’asseoir de telle manière. »
« Oui, je peux faire ça, mais en revanche je ne ferai pas cette partie-là. »
Parce que sinon, tu essaies de donner quelque chose que tu n’as pas vraiment envie de donner, et tu le fais à contrecœur. Donc tu vas te sentir mal, et la personne en face de toi aussi. Et ça ne sera bon pour personne.
Ça, c’est pour ce qui concerne la pratique.
Dans la vraie vie, ce n’est pas toujours si simple. Parce que si ton bébé se réveille au milieu de la nuit, tu dois te lever. Même si tu n’as pas envie, il faut que tu te lèves.
Si ton partenaire est malade, par exemple pendant un long moment, il y a des choses que tu dois faire.
Si ton partenaire a besoin de quelque chose, que c’est très important et que ça exige un sacrifice de ta part, OK.
Mais dans la pratique, quand tu fais l’expérience de poser une limite, de dire « je peux faire ça, mais pas ça », alors tu grandis dans ta capacité à voir ce qui se passe pour toi.
Par exemple : « En fait, ça ne me va pas de donner ça. »
Et quand tu retournes dans ta vie, tu as plus de clarté pour te dire : « OK, je suis prêt·e à donner ça. Ça, je n’en ai pas trop envie, c’est une demande assez énorme, mais c’est vraiment important pour lui ou pour elle. Alors je choisis de lui donner quand même. »
Et dans ce cas, tu peux le faire avec le cœur.
🩷 Alexandra 🩷 — Il y a vraiment beaucoup de situations dans nos vies où on aimerait être capable de dire : « Non, je n’ai pas envie de te donner ça », et on essaie de se convaincre que c’est bon, que c’est OK de le donner quand même. Tu parles des situations avec le bébé ou avec le compagnon qui est malade, et là, bien sûr, c’est important. Mais combien de fois, dans nos vies, on donne sans même se poser la question : « Est-ce que j’ai vraiment envie de donner ça ? »
💛 Betty Martin 💛 — Oui, quand tu commences à pratiquer, tu te mets à te poser cette question tout le temps. Tu prends conscience de ça et tu te mets à voir à quel point c’est partout dans ta vie.
Ce qui se passe souvent aussi, c’est qu’il y a des situations dans lesquelles tu n’as pas vraiment envie de dire oui, mais tu n’as pas vraiment de bonnes raisons de dire non. Et tu te dis : « Bon, allez, je vais le faire. »
Ou alors tu ne sais pas comment dire non, ou même tu ne te donnes pas le droit de dire non. Et c’est le cas pour tellement d’entre nous.
Parfois, c’est l’enseignement religieux qu’on a reçu dans l’enfance qui nous empêche, ou ce que notre famille nous a appris : « Il n’est pas question que tu dises non. »
Mais dans ce cas, tu ne sais pas vraiment dire oui non plus.
Si tu ne sais pas dire non, tu ne sais pas vraiment dire oui.
🩷 Alexandra 🩷 — Mais comme tu le dis, on peut pratiquer et apprendre à devenir meilleur·e dans notre capacité à dire non.
💛 Betty Martin 💛 — Oui.
🩷 Alexandra 🩷 — Et pour ma dernière question : ce que j’aime dans ton livre, c’est que tu soulignes l’importance d’être clair·e sur ce qu’on ne veut pas. Une grande partie de ton approche est aussi d’amener notre conscience sur ce qu’on veut. Tu mets le plaisir en avant. Qu’est-ce que tu veux ? plutôt que de faire l’inventaire de « je ne veux pas ça, je ne veux pas ça non plus ». Tu nous invites à aller chercher le oui : « Oui, j’ai envie de vivre ça. » Pourquoi penses-tu qu’avoir ce focus sur le plaisir est si nécessaire pour nous ?
💛 Betty Martin 💛 — Parce qu’on a un corps, un système nerveux et un cerveau. Et notre corps a besoin d’un certain niveau de plaisir pour être heureux.
Et pour notre psyché, pour notre psychologie aussi, le plaisir est une force de guérison. Et c’est bon pour les relations aussi. Le plaisir, c’est bien.
Et puis mon travail est issu du coaching en sexualité, du somatique et du travail du sexe, qui est à 100 % basé sur la question du plaisir.
Parfois, tu peux demander des choses qui t’apportent du plaisir — et j’espère que tu le fais. Mais parfois, tu peux demander quelque chose qui t’aide ou qui te soutient.
Par exemple : « Est-ce que tu peux venir me chercher à l’aéroport ? »
Ça ne va peut-être pas te donner du plaisir — ça peut t’en donner ! — mais en revanche, ça va t’aider.
Donc il y a plein de choses qu’on peut demander. Mais oui, le plaisir guérit, sans hésiter.
Et aussi, quand tu es dans la pratique, ça aide de se relier au plaisir, parce que ça t’apprend à remarquer ce que tu veux.
Plutôt que de te demander quelles sont les choses que ça ne te dérange pas de donner, avec lesquelles tu es OK.
La différence entre les deux est énorme.
Si quelqu’un te demande : « Comment veux-tu, et comment aimes-tu, que je te touche ? »
Ça n’a rien à voir avec : « Comment je peux te toucher sans que ça te dérange ? »
Ce n’est pas la même question.
🩷 Alexandra 🩷 — Et j’ai l’impression qu’être focus sur ce que tu veux te permet beaucoup plus de passer à l’action, plutôt que d’être focus sur ce que tu ne veux pas, ce qui n’est pas très productif.
💛 Betty Martin 💛 — Parfois, c’est quand même un bon endroit pour commencer.
Si quelqu’un te demande : « Comment veux-tu être touché·e ? », tu peux répondre :
« En fait, je n’en ai aucune idée. En revanche, je peux te dire ce que je ne veux pas. »
Déjà, ça réduit le champ des possibilités.
Si on reprend l’exemple de tes clients qui ne savent pas ce qu’ils veulent — la plupart d’entre nous ne savons pas ce que nous voulons la plupart du temps.
Ce qui peut aider, c’est de suggérer : « Est-ce que tu aimes des caresses longues et lentes, ou plutôt courtes et rapides ? Est-ce que tu aimes être touché·e sur les jambes ou tu préfères le dos ? »
Ce n’est pas forcément qu’ils n’ont aucune idée, c’est plutôt que souvent ils n’ont pas les mots pour le dire, parce qu’on ne leur a jamais donné l’opportunité de le décrire.
Personne ne leur a jamais posé la question avant : « Comment aimes-tu être touché·e ? »
Donc ils ne savent pas comment répondre.
Ils ne peuvent pas dire : « Oh, gratte mon dos comme ça, étire ma jambe comme ça », parce qu’ils n’ont jamais dit ça à personne.
C’est vrai pour les clients, mais c’est aussi vrai pour les partenaires amoureux ou sexuels, et pour nous-mêmes.
La plupart du temps, on ne sait pas comment dire ce qu’on aime.
Ou peut-être qu’on sait dire : « J’ai envie de me sentir cosy, dans un environnement chaleureux, aimée. »
OK. Quel genre de toucher va te permettre de te sentir comme ça ?
Et parfois, ça demande un peu de communication pour arriver à le savoir.
🩷 Alexandra 🩷 — Oh, merci beaucoup Betty ! J’ai tellement reçu !!!
💛 Betty Martin 💛 — Super ! J’espère que c’était utile.
🩷 Alexandra 🩷 — C’était fantastique, et j’ai eu l’impression de réaliser un rêve. Merci, parce que tu me donnes de l’espoir, de la foi et de la force pour apprendre à plus demander, et à me diriger davantage vers ce que je veux et ce dont j’ai besoin. Donc merci beaucoup.
💛 Betty Martin 💛 — Avec joie !